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"Nous habitions Guyotville" : Enfance et Jeunesse <!-- Begin PayPal Logo --><A HREF="https://www.pa ypal.com/fr/mrb/pal= 7H8FBDGQYWMYY" target="_blank"><IMG SRC="http://images.p aypal.com/fr_FR/i/bn r/paypal_mrb_banner. gif" BORDER="0" ALT="Inscrivez-vous à P

Photo de guyotville1

guyotville1

Description :

Cet ouvrage retrace la vie de Guyotville à partir de 1935, pendant notre enfance et notre jeunesse. Il ne contient aucune image du village, complément cohérent du livre illustré de 1980, "Chez nous à Guyotville" http://alger-roi.net/Alger/guyotville/monographie/monographie.htm
Il m'est en partie personnel mais, les deux cinquièmes du livre sont écrits par d'autres, mes amis Roland Simounet, architecte célèbre à Alger puis à Paris, décédé le 10 février 1996, huit mois après m'avoir envoyé ses lignes et Yvon Ferrandis, de l'EPS de Maison Carrée, ancien membre du Cercle Algérianiste, disparu le 15 mai 2002, mes camarades Lucien Patania, instituteur, et Jean-Pierre Pascuito vendeur aux Halles d'Alger, et la poétesse Marie-Michèle Capuano.
Ces lignes ne sont pas une discrète biographie de notre village. Elles méritent d'être lues comme un livre, avec toute la tendresse de notre innocence.

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  • Création : 05/03/2006 à 12:37
  • Mise à jour : 18/03/2006 à 06:02
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D'Alger à Guyotville

Chacun ressent le bonheur de la paix retrouvée, loin du tumulte de la capitale. Dans ce village de Guyotville, tout allongé en bord de mer par le massif de la Bouzaréah, village qui nous a vu naître, où nous sommes allés ensemble à l'école, à l'église, au cercle, au stade,où toute boutique nous est familière, où tout habitant nous est connu. Le paysage y est enchanteur, du bord de mer au Plateau, de la forêt à la Madrague. Nous nous sentons véritablement chez nous, heureux, enracinés au plus profond de notre être.
Comme n'importe quel petit village de France, nous avons l'impression que Guyotville, qui a bercé l'existence de nos aïeux, de nos parents, a toujours existé.
L'atmosphère humide d'Alger est accablante ce midi d'été. Le long de la cabine des CFRA, à l'ombre des ficus, en face du café de Bordeaux, le car pour le village stationne, déjà plein. La place du Gouvernement est une étuve. Seul le Duc d'Orléans qui caracole, semble défier la fournaise.
Toutes vitres ouvertes, nous démarrons enfin. Un souffle d'air rafraîchit la peau moite, collée à la chemise.
L'autobus contourne la Place du Gouvernement, roulant vers Bab-el-Oued, oblique vers les escaliers de la Pêcherie à l'angle de la Mosquée en croix Djémàa-ed-Djedid ou de la Pêcherie. Il s'engage dans la large avenue du 8-Novembre flanquée de ses grands immeubles modernes, à l'endroit même de l'ancien quartier de la Marine, autrefois si pittoresque avec ses vestiges de la basse Kasbah.
Puis c'est la rue Borély-la-Sapie, à l'angle de la caserne Pélissier. Laissant à droite l'esplanade qui domine les bains Padovani et Matarèse, le car s'engage vers le front de mer. Le boulevard Pitolet, avec sa balustrade métallique, surplombe de 15 mètres mer et rochers. Il est parallèle, à gauche, au boulevard Malakoff, un square hérissé d'aloës séparant les deux avenues.
Un virage à droite, et le boulevard Pitolet côtoie l'Hôpital Maillot que longe le boulevard de Champagne grimpant vers la Bouzaréah. C'est un hôpital militaire, construit sur les anciens jardins du Dey Hussein. Puis il passe devant le Magasin général et la Caserne de la Salpétrière, ancienne maison de la poudre de 1815 du Dey. A cet endroit même coulait la source des génies ou des sept fontaines, lieu des négresses d'Alger y sacrifiant des poulets.
Voici le quartier de la Consolation sur une pointe rocheuse, nom donné en raison des canonnades échangées avec les vaisseaux anglais, à hauteur du Fort des Anglais, devenu le siège de la colombophilie.
Le boulevard Pitolet s'éloigne du front de mer, longeant le stade Marcel Cerdan, puis surplombe à nouveau les falaises, laissant à gauche les peupliers du cimetière européen et israélite, qui sont dominés par le massif de la Bouzaréah avec, tout en haut, le fort de Sidi-ben-Nour.
A la pointe des Deux Chameaux, il pénètre dans Saint Eugène. Jusqu'aux Deux Moulins, la route surplombe les cabanons construits sur des pilotis, dans les escarpements rocheux de la mer, les frangeant d'écume. Quelques petites plages s'y succèdent où l'on parvient par des escaliers abrupts, taillés dans le rocher, souvent en bois, plages des Deux Chameaux, Balard, de l'Olivier, des sports nautiques et du parc aux huîtres.
Le car longe à gauche une rangée de maisons et de villas, construites entre le boulevard Pitolet et l'avenue Maréchal Foch qui prolonge l'avenue Malakoff, plus centrale, sur le versant adouci de la montagne où s'élève la Basilique Notre-Dame d'Afrique, dominant de sa splendeur le merveilleux paysage, avec l'immensité de l'eau bleu outre-mer, parsemée de longues traînées turquoises, le ciel éclatant de luminosité, à l'azur estompé de brume.
Le soleil surplombe le trajet, éblouissant le ruban de bitume aux luisances d'étain bruni, balançant dans les virages les gens serrés, oscillant les bras agrippés vers le toit, aux tiges métalliques.
L'agglomération de Saint-Eugène est ainsi franchie. L'avenue Foch qui traverse le village, rejoint le Boulevard Pitolet.
Jusqu'à la Pointe des Deux-Moulins, deux kilomètres au-delà, la côte devient encore plus dentelée, hérissée de rochers bruns. A gauche, les pentes ravinées de la Bouzaréah se rapprochent à nouveau, les villas du bord de mer devenant plus élégantes.
Après la Vigie, le Casino apparaît, surplombant la mer, le car tournant brusquement à gauche. La Bouzaréah, contre-fort abrupt, à dû être entaillé par l'homme.
Alors s'amorce la descente vers la Pointe-Pescade, entre la Réserve et la cimenterie Lafarge. Face à la mer s'élève la villa Xuereb, là où vécut Camille Saint-Sens.
Le massif s'est un peu éloigné de la mer, en sentiers sinueux, autrefois parsemé d'anciennes fortifications turques, seul Topanet-Mers-el-Debban ayant subsisté occupé par la Douane.
La longue route en car, une demi heure pour 15 kilomètres, par ce temps de canicule, est égayée, surtout devant les villages de Saint-Eugène et de la Pointe, par quelques hommes en bleu et blanc, des femmes en chemisette et jupe aux genoux, bouffantes, des vieilles et des vieux sous des arbres, des groupes d'enfants turbulents. Mais chacun a préféré se mettre sous l'abri tiède et ventilé dans la maison. Les pécheurs, penchés sur les barres arrondies du boulevard Pitolet, sont partis dans la matinée.
Le car traverse la Pointe-Pescade, adossée à la montagne, bâtie en losanges autour de la Place du 14 juillet. Du côté mer, après le cap de la Réserve, s'étale une petite plage arrondie, les Bains Franco ou "port aux mouches", autrefois refuge de pirates.
A partir de la Pointe, à mi-distance entre Alger et Guyotville, la température change brusquement et chacun éprouve les premiers bienfaits d'air plus frais, la ville semblant déjà loin. Les rares maisons de campagne apparaissent et les légumes s'étalent, derrière les rangées de roseaux secs, protégeant des rafales d'ouest. La route serpente entre la mer et les pentes du Sahel.
Après la carrière de pierres de Miramas, le car fonce vers les Bains-Romains et c'est le premier arrêt. Le moteur ronfle à nouveau et deux kilomètres plus loin, voici Baïnem-Falaise, dominée par la tache verte de la forêt de Baïnem. Une route étroite y grimpe, bordée de belles villas, jusqu'au garde forestier.
Deux cent mètres plus loin, la chaussée franchit un petit oued, non loin de la maison de loisirs du Palmarium, qui délimite les communes de Guyotville et de Saint-Eugène.
Et c'est le Cap Caxine et son phare, au bout d'une longue allée droite bordée de plantes, dominant la mer. Du haut de ses 22 mètres, assis sur une bâtisse à un étage, il a un feu portant à 65 milles et guide les bateaux venant d'Espagne ou du Maroc. Ses éclats se réfléchissent la nuit à travers les persiennes donnant sur la mer. Monsieur Tournon Claude le dirige.
Avec les légumes, la vigne fait son apparition sur les coteaux en contre-bas de la forêt, derrière les haies de roseaux ou de diss, et les nombreuses norias font leur bruit métallique répété à l'infini.
Un peu plus loin, c'est l'arrêt de Saint-Cloud, avec les établissements Grisa et son groupe de villas surplombant la mer, dont celle de mon grand-oncle Bouyé Alcide et de sa femme Louisette, avec "Dédé et Jean-Jean" qui ont mon âge, leur jeune soeur Marie-Thérèse, celle du Professeur en chirurgie Camille Vergoz en été. Les falaises de calcaire bleu, tranchent avec le bistre des rochers de bord de mer.
Dans un dernier assaut, la Bouzaréah projette le massif du Grand Rocher. Il obstruait le passage, sauf un étroit chemin muletier traversé par un tunnel, laissant passage à l'ancien petit train. Puis l'éperon rocheux fut dynamité, ouvrant la route. Sintes et Anglade y ont leur carrière de pierres bleues. Le docteur A Laffont y a sa villa.
Guyotville apparaît alors, au bout de la longue ligne droite qui longe la dentelle des rochers du bord de mer, laissant à gauche le cimetière et ses tombes. Et voici l'entrée du village, l'ancienne gare, la Makanghia, les écoles et enfin l'arrêt face au Monument aux morts. Deux autres arrêts suivront, place Marguerite et Docks. Saoulés par le trajet, les personnes descendent enfin, certains prenant une dernière anisette dans l'un des cafés, éparpillés dans le village.
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#Posté le lundi 06 mars 2006 09:59

Modifié le mardi 07 mars 2006 13:17

Rues Chanzy et Raymond Poincaré.

Guyotville, bordant la mer est un village tout entier en longueur, les rues Chanzy et Poincaré étant quadrillées par quelques étroites et courtes routes perpendiculaires de huit à dix mètres de largeur, conformément au plan de colonisation, descendant en forte pente vers la mer, la côte Turquoise.
De la Gare jusqu'aux Docks, séparées du rivage par de grands rochers bruns déchiquetés, parsemés de seccas, surfaces planes recouvertes de courtes algues étalées au niveau des flots, puis par une bande caillouteuse de profondeur variable, longeant en forte pente les maisons, de quatre étages vers la mer, exposées aux vents d'ouest soulevant les flots, aux froids embruns, de un à deux étages sur la chaussée, la route droite se poursuit sur un kilomètre.
Cette voie n'est guère large, douze mètres, trottoirs compris. Je l'ai connue, enfant, plantés de mûriers.
Les deux routes grimpent légèrement de la gare à la Mairie, puis descendent en pente douce vers la place Marguerite, pour remonter un peu vers les Docks.
Ce n'est qu'en 1948 que seront supprimés les pavés bosselés qui faisaient tressauter nos vélos. La rangée de rails médians, vestige du petit train qui rejoignait Alger à Koléa, extirpés vers 1930, fut remplacée par les car Galiéro, puis les autobus des C F R A.
Les maisons qui bordent cette longue rue n'ont qu'un étage, deux par exception.
Combien de fois, demi-pensionnaire au Grand Lycée d'Alger, ai-je parcouru cette avenue. Tôt le matin, à la nuit en hiver je prenais le car au départ des Docks, soit des C F R A, soit du bus venant de Stalouéli où Fifils, chauffeur accompli, vêtu de sa veste de cuir noir, arrivait toujours le premier à l'arrêt du Majestic, non loin du Lycée. Je n'avais pas ainsi le risque de le trouver complet au Comoedia ou tout près, au Monument aux Morts.
Combien de fois l'ai-je arpenté, pendant les vacances, pour rejoindre l'Ilôt, la Madrague ou notre propriété au Plateau.
Combien de fois me suis-je arrêté pour aller chez mas grand-mère maternelle où ma tante, mademoiselle Ortiz Espérance, tenait le magasin de journaux, tabacs et jouets.
Cette rue était la moelle épinière de Guyotville, celle où se trouvaient presque tous les commerces, les cafés, les deux cinémas, les médecins, les pharmaciens, le bâtiment de la Mairie, les Ecoles, la Poste, les Banques, la place aux boulomanes Marguerite sur 2000 mètres carrés, le marché, le Monument aux Morts, le square dominé par la Grande Place de la République et son kiosque à musique, sur 3000 mètres carrés, en bas du raidillon bordé de palmiers, grimpant à l'Eglise.
Le samedi, entre 19 et 20 heures, quand, les beaux jours venus, les martinets glissaient en longues courses rasantes au son de cris stridents, jusqu'à ce que les chauve-souris sillonnent bas la pénombre, ainsi que le dimanche en fin de matinée à la sortie de la Messe, la rue Poincaré se transformait en rue d'Isly du village, comme à Alger, sillonnée par le va-et-vient des promeneurs sur le trottoir, arpenté à pas lents, avec la joie des rencontres.
J'en revois chaque détail, chaque couleur, j'en ressens chaque odeur, mon oreille capte encore les sons, et je vais vous la décrire avec ma mémoire d'enfant et d'adolescent, m'excusant si j'oublie quelques détails.
Nous partons de la rue Chanzy pour aboutir à la fin de la rue Raymond Poincaré, par tronçons séparés par les rues perpendiculaires, laissant les cimetières européens de 7530 mètres carrés et indigène, à un kilomètre cinq cent de l'agglomération.
Je ne sais pas ce que sont devenu les René Dourin, le feutre sur la tête, exportateur, aux trois enfants le fils et les deux filles de l'école des soeurs, dont Floriane que j'ai connue, demeurant entre le Cap Caxine et l'entrée du village. Fidèle du Maréchal Pétain, il a été arrêté par les gaullistes. A-t-il été emprisonné ou exécuté ?
Le premier tronçon va du début du village à la rue Marceau.
Nous prenons d'abord le côté situé à droite.
Les maisons sont espacées, la première étant la villa de monsieur Ménard, mécanien, puis un espace dominant les flots et celle de Vincent Mora, serrurier, avec sa femme et ses enfants Georges et Renée, la demeure du vieux couple Pernet, ancien capitaine au long cours, toujours drapé de sa grande cape et coiffé d'une casquette marine, accompagné de sa petite femme.
C'est ensuite la villa de Coll, puis de Galéa et de son fils Raymond vachers.
Séguy, soeur de ma grand-mère paternelle, ses enfants Juliette et Antoine Ortiz avec mes trois cousins, Jacques, Tony et Henri, demeurent dans une maison, dont la descente abrupte pleine de cailloux, mène à un hangar et en rez de chaussée aux mouquères. La cour est penchée en trois étages descendant vers les rochers, séparés par un mur. Nous retrouvions cette enceinte vers le haut, au bord du large trottoir. Que de baraques en fûts métalliques y avons nous montées, que de chariots à roulements à billes...
Voici, après un cour terrain remplis de papillons, l'habitation et le garage du mécanicien Ors, dont le fils Claude sera abattu plus tard à Tizi-Ouzou, par les fellaghas.
Puis viennent la demeure de l'expéditeur Dominique Trani avec ses enfants Robert, Lucette et Yvette. Celle de François Fornès, chef de clique de la Patriote, au clairon puissant, s'élève avec sa femme et ses enfants Roger, Lucien, Rolland et André.
Ce sont ensuite les habitations du peintre Domenec, du plombier François Tuzzo avec son fils Albert, oncle de François Sférazza.
Un escalier descend chez Michel Escriva, ses enfants Gérard, Gilbert et Michel.
Kaemerer, plus bas, demeure dans la villa du pharmacien Favarcq, travaillant chez Long Depaquit. Il s'installera à Bab-el-Oued et au départ de Favarcq, la maison sera vendue et Robert Pérals y a habité.
Arrivent l'ébéniste Pons, le grainetier Garrigos, enfin la cour des indigènes travaillant les roseaux. Nous admirions au passage leur vitesse pour nettoyer une tige, dénudant leur surface, sciant les quatre lanières du roseau avec un croisillon de bois, tressant le panier bloqué entre les cuisses, sur une armature d'osiers, aux brins entrelacés.
A côté, les ébénistes Tur et Oltra y oeuvraient, avant de s'installer en face, à la Makhangia, laissant la place à l'expéditeur, monsieur Delboë.
Voici le Crédit agricole, dirigé par Pierre Delboë, ancien Hôtel des touristes avant la guerre de 1914-1918, Charlette, jeune, allant de l'un à l'autre expédition et Crédit. Pendant la guerre de 1939-1945, Charlette se souvient de la camionnette à pétrole, à haute cheminée, conduite par Pierre Delboë pour rejoindre la nouvelle propriété de Berger-Vachon, dont il était devenu gérant.
A l'angle de la rue Marceau, François Orienti demeure avec Jeannine et leur fils, tué à la Campagne d'Italie.
La rue Marceau descent en pente courte et abrupte au portail d'entrée de l'Ecole des Garçons, balayée par le vent d'ouest, avec nos camarades d'enfance, ses maîtres, qui furent nos instituteurs. A droite, le terrain vague sert de champ aux chèvres, et chevaux. Près de la mer s'élève la Patriote.
En face, sur le trottoir de gauche, débute avec la maison Ménard, les demeures du maçon Pérez et ses trois enfants Norbert, Roger et Marthe, messieurs Jaudon, Casano avec Yves et Gaby qui épousera Jean-Claude Ferrandis, Llorca, avec, à l'étage, la famille Défaut et leur fille Thérèse, camarade de mon épouse à l'Ecole privée.
Survient alors un grand entrepôt qui servit à stocker les denrées alimentaires en 1939, réquisitionné par les Anglais pendant la guerre, avant de devenir le garage Simca.
Après un long cheminement dominé par la Gare abandonnée, un vaste terrain servant de terrain de football aux garçons du quartier, où j'ai tant joué avec mes cousins Ortiz, les Ferrandis. Depuis 1952 fonctionne un groupe scolaire dans cette vieille Gare, avec ses onze classes.
Puis, en face des Ortiz, c'est le Bain maure de François Domenec, les maisons de Plavis dont le jeune et maigre fils, agité, tient en permanence un mouchoir blanc contre le front. Les vieux époux Pansier suivent, puis Solbes Riera.
Plus loin, à l'angle de l'avenue non goudronnée de la Gare, voici la maison Cruanes où Michel Ferrandis est forgeron, avec mes amis Yvon et René, Denise et Jean-Claude. En retrait de l'avenue demeurent les Bardin.
Après ce chemin, le vaste b$atiment de la Makhangia, logement de la famille Gardy, est un magasin d'expédition, puis un entrepôt de paille de monsieur Garrigos, un magasin de produits agricoles, enfin la grande ébénisterie de Tur et Oltra. Mais un incendie nocturne dévasta l'ébénisterie et la Makhangia devint un garage, Tur et Oltra s'installant au quartier Pellinc, pour la confection d'emballages et de billots.
Les deux villas d'Orienti avec William et Yvon, et celle de Clément séparent dans la cour Joseph Mengual.
La rue Marceau est rès ancienne : quand on y grimpe, vers l'angle de la rue Victor Hugo, deux vieilles demeures basses datent de la construction du village. Elle abrite le taxi d'Asnar.
Elle longe vers le haut l'Ecole libre Saint-Joseph et ses soeurs, destinée aux filles, six classes jusqu'au brevet élémentaire et deux classes maternelles, groupant 250 élèves.
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#Posté le mardi 07 mars 2006 13:16

Rues Chanzy et Raymond Poincaré.(suite)

Un deuxième troçon, la rue Raymond Poincaré, va de la rue Marceau aux rues Louis Bordo et Pierre Ortaffa.
Poursuivons donc notre trottoir à droite, pour longer la clôture cimentée, grillagée, de la cour de l'Ecole de filles aux bâtiments symétriques et aux arbres, ses six classes. Les garçons sont en contre-bas, groupant huit cents élèves.
C'est ensuite le café Féménias, puis le petit bureau des C F R A tenu par Henry. Je l'ai suivi, plus tard, pour une maladie inexorable du poumon. Ce local deviendra l'échoppe d'un Mozabite.
Après la droguerie du Soleil, le Marché communal est encadré par deux culs de sac. Je revois, enfant, Daddour le boucher, découpant le gigot ou enroulant l'épaule de mouton, avec l'ail et le persil, aux marchands de légumes et de poissons, ou sardines et crevettes sont si peu chères.
A l'angle de la seconde ruelle, le café du Monument d'André Mora, puis la pâtisserie fine d'André Cardin, interpellant régulièrement son apprenti, le dimanche matin.
L'entrée de notre second appartement depuis 1939, au 15 de la rue Poincaré, est encafré, en rez de chaussée, par le magasin du gros et débonnaire François Valente, légumier, avec sa femme et ses trois filles, Josette, Martine et Marie-Rose, et par le tailleur Aïd qui, pendant la pénurie de la guerre, répare, au sein de la fumée des cigarettes, les vêtements usagers.
Un magasin de tabacs et journaux suit, ancien magasin Reynard, tenu par Madame Fabrer et son marie Gilbert, prisonnier pendant la guerre, leurs enfants Jacques et Monique.
Voici le café Glacier de monsieur Camps et la boulangerie de monsieur et madame François Vallespir, avec leurs deux enfants Annie, aux yeux bleus, et Alain, à l'angle de la rue. Au premier sera logé Guy Combecal. Au second Georges Pelaz, architecte communal et sa femme, avec leurs deux enfants Jean-Pierre et Louck. Myope, à la carrure étonnante, il descend sous nos balcons, vêtu en plongeur, pour son sport favori, la pêche sous-marine.
Sur le côté gauche, est l'Ecole maternelle et ses deux classes faisant angle avec la rue Marceau. Y demeurent madame Sansot directrice, avec ses enfants Lucien et Jeanne, madame Bergonzoli et ses deux filles, Janine et Jacqueline.
C'est ensuite le square, dit de la République, avec ses grands palmiers, ses pittosporums et ses belles-de-nuit, embaumant les soirées d'été, soigneusement entretenus par le tout petit monsieur Besos, jardinier communal, au bras gauche déformé, blessé pendant la grande guerre.
Le jardin, enserré à ses deux angles par les urinoirs, s'étend de la rue Maréchal Foch à la rue Maréchal Joffre, rues entourant, plus haut, la place, avec son pourtour à colonnades rondes, soutenues par des linteaux de béton, le superbe kiosque à musique, à toit arrondi, au centre.
Le bas du square encercle le Monument aux Morts et inscrits à l'arrière, ses nombreux tués durant la guerre de 14-18. C'est une oeuvre de l'architecte algérois Emile Gaudissart. Un long bassin avec sa grosse carpe, bordé par sa grille métallique, le précède jusqu'au trottoir.
J'ai un souvenir perçant de la rue Maréchal Joffre, bordée à gauche par le square et la place, à droite par les maisons. J'ai habité cette rue jusqu'en 1939 avec mes parents, mes grand-parents Pélissier, mon frère Guy. Contre notre demeure, celle de Roméo Joseph, habitant au-dessus du magasin d'expédition, avec ses trois enfants Roch, Pascal et Alice, Roméo Marc, fils de Roméo Roch et de Versaci Vincente ; ils étaient au moins quatre frères. Au-dessous c'est la maison Gauze, quincaillerie du minutieux Jammes Jean, en blouse grise, recevant les enfants et leurs toupies, les agriculteurs du Plateau, auprès de son épouse, cachée, et des garçons André et Julien.
Au rez de chaussée de notre demeure habitent les Orénès avec l'ami Lionel. La petite mère dodue, élégante et maquillée, tient un magasin de graines. Le mari, grand et taciturne, s'entraîne le soir à la clarinette, salle de la Lyre ou donne des leçons de musique,en dehors du travail à Alger.
En haut, à l'angle un marchand de légumes, Banane, claustrant son épouse, frappant son fils, et une gargote pour les ouvriers kabyles saisonniers.
A l'angle de la rue c'est la boutique du vieux cordonnier Sciancio, et de son fils, avec les quatre marches de pierre pour grimper chez lui.
Entre la gargote et Sianscio, s'ouvre l'épicerie de madame Bourdon avec ses deux enfants Roger et Momone, sourde et muette. Le mari, dodu, le pas mesuré, est comptable à la banque du Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie. Que de courses y ai-je fait, souvent nocturnes, pour acheter du beurre dans un épais papier cartonné, ou du vin tiré du tonneau.
Cette rue Joffre donnera, avec moi, six étudiants à la Faculté de Médecine ! Un marché de légumes des quatre saisons et de poissons se tient dans la rue une fois par semaine, le jeudi.
La vieille mère de monsieur Jean Villanti y vend du gras-double et des paquets de légumes.
Le dimanche la rue s'anime, à la sortie de la messe, heure des conciliabules et des apéritifs.
Une étroite ruelle de quatre mètres sépare la maison Gauze de la Mairie, qui fait l'angle de la rue Maréchal Joffre, précédée d'un petit jardin où s'ouvre le poste de Police municipale, avec le vieux Vandeleïr, le fluet Orienti, le gros Soler, jardinet où s'élève longtemps une immense plante grasse, cierge mexicain de sept mètres, que le vent d'ouest abat un jour d'hiver. Depuis 1952, y demeurent un commissaire, un inspecteur, un brigadier et six agents.
Si l'on marche dans la rue Louis Bordo, grimpant vers la rue Pasteur, on croise à gauche la Mairie, la maison des Jammes, notre cour et notre portail, la demeure des Roméo. A droite, au dessus des trois portails du Café du square, chez Rochette, le vieux coiffeur monsieur Molla asperge mon nez d'enfant d'un nuage de poudre de riz et me tire la nuque avec sa tondeuse. Les adultes y parlent des étapes du Tour de France et des matchs du S G. Au-dessus est le mozabite, à l'odeur spéciale, qui monte en triangle ses boites de conserve, vendant des douceurs, dont ce mélange collant et sucré, puis l'étroite et courte rue Edmée Tissier.
La Mairie occupe 30 employés dont le secrétaire monsieur Peyronet lisant la Dépêché, journal de droite, alors que mon grand-père achète l'Echo d'Alger... Combien de fois ai-je escaladé l'escalier pour rejoindre le bureau du grand-père, Maire, celui de monsieur Peyronet, ou encore la bibliothèque municipale ! Combien de mariages, d'élections municipales se tiennent au rez-de-chaussée, à droite du hall d'entrée, sous le drapeau de la France !
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#Posté le mercredi 08 mars 2006 11:47

Rues Chanzy et Raymond Poincaré.(suite)

Le troisième tronçon du village va des rues perpendiculaires, de 8 à 10 mètres, Louis Bordo-Pierre Ortaffa et Drouault-Courbet.
Voici à l'angle de la rue Ortaffa la charcuterie de Pascal Ballester, suivi de l'épicerie Dellova, de la Boulangerie Iborra, de la mercerie Atlan et de la seconde charcuterie voisine, celle de Barcelo, dans la maison Mignano.
Vient la Banque du Crédit Foncier d'Algérie et de Tunisie, suivie du Cinéma Splendid. Pierrot Mièle, notre camarade y est projectionniste. Le bar du Splendid y est adjoint, dont l'emplacement fut le siège de la Société de musique de la Lyre, avec son chef mythique, monsieur Joseph Adorno. La lyre demeure propriétaire de la salle.
La pharmacie Long-Depaquit est contiguë, l'homme émacié, au visage allongé, dont le front est marqué à gauche d'une large trépanation, toujours en blouse blanche, boit trop souvent de l'anisette. Sa femme est belle et son fils lui succédera plus tard, près de Marseille.
A l'angle de la rue Courbet le tailleur, Ielpo, expose ses costumes, tandis qu'au bas de la rue, monsieur Escalé-Thou y est maréchal-ferrant. Combien de fois mon grand-père m'y conduit pour l'admirer.
En face, à l'angle de la rue Louis Bordo, monsieur Rochette tient la Brasserie du Square, lieu de rencontre des amis sportifs, au pied d'un immeuble de deux étages. Nos amis, monsieur et madame Jean Pons y demeurent avec leur fils Gilbert et Huguette. Là se trouve aussi mon petit maître d'école, monsieur Richaud et sa grande et belle femme, son fils Claude, formant avec Gilbert Pons et Paul Labrouve, dont le père est forgeron rue Pasteur, une équipe unie.
Demeure aussi dans cet immeuble monsieur et madame Devy, chez qui je prends des cours de violon.
A côté, c'est au fond d'un grand terrain vague, derrière un mur de pièrres, la gargote où j'aperçois plus tard, à la retraite, notre directeur de l'Ecole, monsieur Aouidad, accompagné d'un ami, gros kabyle aisé.
La villa Versaci, légèrement en retrait de la route, avec son puits et son jardinet où demeurent, près du grand-père au noeud papillon, sa fille madame Longo et le petit-fils Jérôme Longo, mon ami, futur ingénieur, avec qui j'ai pris des cours de physique supérieure, chez monsieur Puget, dans sa villa de l'Ilôt, trop tôt disparu en France.
Ensuite se succèdent, sur un plan rehaussé, cinq magasins de Llopis charcutier, Cristofaro horloger, Hubert Coulon photographe, Liguori et ses chaussures, Séguy boulanger. Viennent ensuite, jusqu'à la rue Drouault le mercier Lozza, le boulanger Cioméi, et la boucherie d'Emile Boukaïa.
Le quatrième tronçon de Guyotville est celui des rues Drouault-Courbet à la rue Carnot.
A l'angle de la rue Courbet la maison Moll abrite le vulcanisateur Boyer. C'est ensuite la maison Cuba avec monsieur et madame Ernest, leur minuscule boutique où il faut descendre deux marches pour acheter des hameçons ou des plombs de pêche. Un coiffeur arabe lui succède.
Arrive la brasserie Aux Insulaires de Jean Falzon, qui devient, avec monsieur Castano, la Brasserie du Centre.
Ensuite un marchand de légumes arabe précède, en contre-bas la menuiserie du vieux Casanova, avec ses trois fils, dont l'un vit encore, et une villa contiguë, villas où l'on accède par deux escaliers s'ouvrant sur la rue.
Contre elle s'élève la belle maison de François De Pasquale. A l'arrière de la maison, en contre-bas, s'étale la fabrique de pâtes alimentaires, spaghettis suspendues à des fils et l'habitation de la famille où trois enfants sont nés, Joseph dit Jo, brillant avant du S G, Rose mariée à monsieur Dominique Sabatini, futur secrétaire de l'Amicale, la petite Francine qui m'a donné, pendant la guerre, un Loulou de Poméranie, petit chien blanc, qui vivra 20 ans. Leur maison donne, en contre-bas, sur la ruelle du Front de mer, face à Bonnet le laitier.
La maison de Pasquale, 29 rue Poincaré, est la demeure de la famille Delboë avec la fille Charlette, jupe large et chemisette adaptée, qui sera mon épouse en 1952. Elle sort sur l'un des trois balcons angulaires surmontés aux deux angles de hautes façades, avec le chat siamois, Poupette, tournoyant, s'équilibrant à l'extérieur des barres. Des volets roulants ferment les fenêtres.
Le jeune Pierre-Jean arrivera le 23 février 1947, né d'une marâtre. Charlette s'en occupera 3 ans, jusqu'au mariage de monsieur Delboë avec Isabelle Camélio, dite Bardou, en janvier 1951. Elle est la fille du petit Camélio Raymond, agriculteur, et de sa grande épouse, demeurant au bout du village, avec sa soeur et ses trois frères.
La porte d'entrée est encadrée par deux magasins, à droite celui des coiffeuses, Mathilde et Adrienne Sanchis, dont le mari, au puissant accent espagnol, qui m'aidait dans sa langue, sera tué lors d'une chute derrière un car Alger-Guyotville, à Saint-Cloud. Adrienne deviendra ensuite madame Ornés.
A gauche, voici la boutique de vins de Mademoiselle Paulette Niggi, souvent accompagnée de ses neveux, la grande et mince Andrée, Guy, dont le père fut exécuté sous l'occupation. Paulette sera d'un grand soutien, lors de la typhoïde de ma tante Ortiz et de ma mère.
Vient ensuite la demeure de monsieur Etienne Franzoni, avec leurs enfants le grand Robert, officier de Marine, vivant aujourd'hui aux Etats-Unis et Simone dite Monette, amie d'enfance de Charlette. Franzoni, grand et élégant, cheveux en brosse, pilier du village, ancien officier de marien, au langage très rapide, délaisse son épouse, dépressive. Il est l'ami de monsieur Delboë et de ses frasques algéroises.
Au rez de chaussée, à droite, s'ouvre la boulangerie de madame Planelles. A gauche, le marchand de beignets embaume l'atmosphère avec ses gâteaux arabes, cornes de gazelles, makrouts et zalabias dégoulinant de miel, frémissant dans un bain d'huile bouillante.
Tout à côté un couloir donne sur une cour intérieure, ou Léon, l'aveugle, prépare sa poussette pour le soir, vendant des cornets de bliblis, des cacahuettes, des tramousses.
Amar le fou y est aussi, pieds nus et gandoura bleue, épileptique, souffre-douleurs des jeunes garnements, courant après eux.
Encore une gargote, et c'est le café de monsieur Paya puis l'épicerie de monsieur Licciardi. Un hangar sera transformé en charpenterie par monsieur Lonzarich.
L'épicerie fine d'Octavie Migliaccio, enjôleuse aux lèvres rouges, rieuse, au petit nez retroussé, vend du jambon ou des victuailles découpées à la scie électrique, des tranches de fromage fin, des cafés, donnant aux fidèles munis de timbres de la Ruche des serviettes ou des torchons. Son apprentie au coude disloqué, autrefois cassé, épousera Jean Giovanelli, futur infirmier de bloc, dans le service du professeur P. Goinard.
A l'angle des rues Poincaré et Carnot, la Poste où se succédèrent madame Riolacci, puis madame Rucker que j'ai connue, mère du médecin de Boufarik, où le tueront les fellagas et de sa fille, épouse du jeune docteur Vial, mon conférencier d'Externat, demeurant au quartier Lemonnier. Les cinq postiers ont parmi eux les quatre facteurs Basile Monter, Abécassis au Visage ingrat, desservant la rue principale, alors que l'infatigable Mortedo grimpe au plateau, à bicyclette.
Si l'on revient au côté gauche, une longue série de magasins contigus à l'angle de la rue Drouault, que je grimpe souvent en été pour acheter de la glace, que Mimi Pons découpe dans des volumineux blocs, avec un marteau et un burin. C'est alors la droguerie très achalandée de monsieur Sanchiz, à qui succédera plus tard le cafetier Rochette.
Le charcutier François Monjo est coléreux à souhait, supporter du Stade de Guyotville. Battu au vote par Jean Villanti qui dirige le Cercle Saint-Roch, il crée une éphémère équipe, l'Etoile de Guyotville.
Suivent une agence de voyage, Mustapha le marchant de légumes, la boutique Nouveautés de Tissus du gras Isidore Gozlan, dit "Coco", avec ses deux enfants Jocelyne et Richard.
Le magasin de René Mérone marchand et réparateur de vélos, est un ancien coureur du village, avant Alexandre Mangipani, puis Vincent Soler, faisant le Tour de France de 1952. Son épouse et lui ont deux enfants, Charlette et René.
Le magasin du coiffeur Manuel Séva et de ses deux filles Elodie et Niévé est tout contre la boutique verte de ma grand-mère maternelle, madame veuve Ortiz et de ma tante Espérance, vendant ses tabacs et journaux, juste en face de la maison de Charlette Delboë que je connais plus tard.
Ce domaine exigu est mon lieu de lecture des illustrés, Mickey, Aventures, ou Tarzan. Que de fois m'y suis-je amusé dans le petit jardinet, face à la cuisine, avec mon cousin Maurice Chaudière, alors demi-pensionnaire.
Combien de fois ma grand-mère a acheté de la soubressade et du vin blanc pour mon père, venu la saluer. Que de bougnols à la pastèque, troués, cuits à l'huile a-t-elle fabriqués ! Ma tante Espérance, très rieuse, debout derrière un comptoir de marbre blanc, vend sans arrêt des quotidiens ou des hebdomadaires, des cigarettes, du tabac, des jouets, lieu principal de l'arrêt des promeneurs...
Arrivent alors l'épicerie de Moussa, les Pompes Funèbres, la charcuterie Camps aux si délicieuses soubressades, le réparateur de postes et télévisions Giordano. Contre est le gros et cireux Matti, le commerçant en tissus du Bon Marché, dit "Lalo", vendant aussi des chapeaux et des casques coloniaux.
L'épicerie Petit suit, puis Albano, le boucher Mahieddine, la Librairie Centrale Durruty, la mercerie Espinasse, les fleuristes Arbona et Mignano.
Ochoa Joachim habite à l'étage du 38, avant du S G dès 1935, alors que j'ai 9 ans. Il deviendra le trésorier de l'Amicale des Guyotvillois.
A l'angle de la rue Carnot, le cordonnier Joseph Oliver, moustaches noires en croc et tablier de cuir, dit "médio-suela", est un passionné de boules. Il a deux filles, Henriette et Carmen qui travaille comme couturière de ma tante, ainsi que la plus âgée Henriette Paya, dans l'arrière boutique.
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#Posté le jeudi 09 mars 2006 12:33

Rues Chanzy et Raymond Poincaré.(suite)

Le cinquième tronçon de la rue Poincaré va de la rue Carnot à la rue Gambetta.
Sur le trottoir de droite, la boucherie de Henri Long sera transformée en Epicerie du Progrès. Le laitier Guarinos livre, le soir, ma grand-mère Ortiz et je revois le jeune vendeur débitant son gros pot. Dans la maison Cresta, madame Manusset est électro-ménagère. Norbert Scotto, de l'Amicale actuelle des Guyotvillois, demeure avec sa famille à l'étage.
La Boulangerie du centre, de monsieur Aznar, est à l'angle de la Place Marguerite qui est située en contre-bas. On y accède par de longs escaliers menant à la cour puis à la mer. Elle servait de cimetière, les personnes ayant été transportées plus tard dans une fosse communale.
Elle a maintenant pour vocation le jeu de boules avec les triplettes célèbres de Germain, Maurice Jourdan et monsieur Joseph Di Fina ou Jeannot Vitiello, de Joseph Oliver, Armand et Joseph Bernardo, Raymond Macarone, François Pérez.
La Place Marguerite sert aussi à la fête du Centre, Fête des Vendanges, succédant à la grande fête du village du 15 août.
A l'autre extrémité de la Place, surmontée de demeures à colonnes, voici le Café du Roulage de monsieur Séguy, le coiffeur Adolphe Sala et un vaste terrain vague jusqu'à la rue de Strasbourg.
Sur le trottoir de gauche, le café Adolphe Mouchet fait angle avec la rue Carnot. Au 2, est "Margue fleuriste" de madame Arbona-Mignano. Plus haut, à droite siège la Gendarmerie avec mon ami Roger Salichon, les Salichon, Maugez ou Bories. Que faisaient le chef et cinq gendarmes, demeurant sur place, dans un village sans bande de garnements, sans adulte voleur, sans fauteur de troubles ?
Après Allouache épicier, Fernando bourrelier, la Pharmacie Richard est tenue par monsieur Cassar, aide-pharmacien, petit et replet au tablier blanc, aux allures de médecin. Il conseille et offre des cartes Marie-Rose aux fidèles. Il a deux enfants, la petite et gentille Renée qui se mariera avec Marc Roméo, et Henri Cassar.
Le salon de coiffure de Michel Moncho, le charcutier Dévésa, le boucher Vincent Poquet et sa fille, suivent.
Le Comoedia, face à la Place Marguerite au 44 de la rue Poincaré, est la grande salle de cinéma de René Courjon, qui est aussi propriétaire-exportateur. C'est un lieu important du village, grande bâtisse dont le triangle s'ouvre sur la rue, avec un étage supérieur supportant un balcon, où s'étale un demi-cercle où est inscrit en haut Comoedia, de part et d'autre, Cinéma et Théâtre. La projection a pris de l'importance avec les bandes de 35 mm, Lumière les ayant découvertes en 1900, mais entré dans la pratique depuis qu'Edison a fait coïncider les perforations. Le cinéma est muet d'abord, mais devenu parlant depuis 1927. Le monde y accourt pour les films, les samedi et dimanche.
Je revois les brillantes fêtes dansantes, les concours d'échec, les illusionnistes anglais, le pays étant habité par les Anglais et les Américains dès 1943, les lames de rasoir sortant par la bouche, défilant sur un fil...
Le rez de chaussée est le Grand Bar Comoedia, séparé au centre par le portail d'entrée, tenu par J. Albano, puis par Llorens Marco. Llorens Marco tiendra aussi "Chez Marco", au Sports Nautiques, contre la demeure des Anglade, au petit port de la Madrague.
La maison de graines et engrais de Gautier et Fradier fait suite, puis la maison du peintre Pons Barthélemy, et la maison Anglade dont Paul Longo est expéditeur, la maison Versaci avec le Boucher Pêne. Une gargote arrive, puis monsieur Galéa le charcutier, et monsieur Puccio l'épicier.
Un court fragment entre les rues Gambetta et Hoche laissent place à un bar, puis à la boutique d'un mozabite.
Le sixième tronçon entre la rue Hoche vers le haut, la rue de Strasbourg vers la droite, va jusqu'à la Route du Plateau et la rue Michel Cabeau vers la mer.
Seul ruban oblique traversant la rue Poincaré, les rues Hoche et de Strasbourg doivent leur sens au ravin de l'oued Chabet et Khandel, habituellement vide, dans le prolongement de l'anse sablonneuse de la Petite Plage. Nous y allions enfants, et elle est bordée, sur les rochers dominant la mer par l'ancien Casino. La rue de Strasbourg aboutit à la rue d'Alsace, monsieur Guglielmo Nicolas y vendant du poisson.
Le Casino encore ouvert en 1920, avec ses échelons de pierre, ses toits arrondis, son clocher, est bâti sur un récif rocheux surplombant les flots. Il communique avec la petite plage par des escaliers de pierre. On accède à sa double construction par la route de l'Ilôt.
Au-dessus du Casino et de la plage s'élève la villa de monsieur J Pellinq, compositeur et musicien connu, dont je possède une valse sur Guyotville. Cette maison est pourvue d'une tour haute, avec un toit de tuiles et domine la plage, sur un haut mur. D'autres belles demeures entourent la villa Pellinq, coin particulier du village, où Tur et Oltra exercent.
Le ravin passe sous la rue Poincaré, au niveau d'un pont. A son extrémité se dessinent deux bars, le Café des Boulomanes de monsieur Lambert et le Café du Pont de monsieur Vacarisas.
L'horlogerie de monsieur Roy, aux épaules de sportif, le teint basané, expose ses montres, si chères à l'époque. Il passe ses loisirs sur la mer de la Madrague, en pirogue. La pâtisserie de monsieur Anglade et la librairie de monsieur Vallon font suite, ainsi que la boulangerie Magdaléna et l'épicerie de Marcel Ballester.
La villa et cabinet du Docteur Le Rochais Ferdinand, et de son épouse apparaît au numéro 67. Le médecin est une figure emblématique du village, grand breton à la figure aristocratique, altier, mais attiré par les jeux à Alger.
Qui n'a été soigné ou accouchée par lui au village, successeur du célèbre Docteur Bertin, réputé lui-même.
Après la rue de Docteur Bertin, bordant la villa Le Rochais, se montrent la forge de monsieur Clerc, avec ses deux garçons et sa jolie et distante fille, traversant le village d'un regard hautain.
Une gargote, une auto-école, suivent, puis la rue Urbin Bernard et le carrossier Mélia. Derrière la carrosserie, Etienne Franzoni entrepose les palettes d'expédition, si efficaces pour notre exode.
La rue Charles Bertier précède les bâtiments de cimenterie et de carrelage de monsieur Gagliano, l'expédition de Maurice Combecal, l'agence Peugeot où exerce le mécanicien Gilbert Fabrer, enfin le Dock Pascuito.
Au-delà de la rue Michel Cabeau s'étend la propriété Lubrano.
Sur le trottoir de gauche, entre la rue Hoche abritant l'électricien Diaz, et la rue du Plateau, voici la maison Sanchez avec le café maure d'Ibrouchène, la Banque de la Compagnie Algérienne de monsieur Franchon. Dans la maison Di Fina Monsieur Lucien Assante est expéditeur, suivi de François Scotto, dans la maison Gros, de la boulangerie arabe, du peintre Daïnotti, de l'épicier Verdu, de la maison de Frédéric et Raymond Di Méglio.
L'étude du Notaire, est d'abord assuré par maître Champeval, puis par maître Cuq.
Dans la demeure Visciano, où sont l'épicier Sadek et le marchand de vin Armonico, 75 rue Poincaré, exerce le Docteur Roger Clément, ancien Interne des Hôpitaux, reçu avec le futur Professeur Robert Raynaud, arrive en 1936. Il a une jolie femme aux cheveux tirés en arrière et deux jeunes garçons. Après sa fin tragique lui succèdera le Docteur Louis Sendra, élève du Professeur Aubry, pédiatre mais traitant les abcès du poumon en externe. Le Docteur Jean-Pierre Raoux, de mon année de médecine, mais reçu à l'Internat de 1952, lui succédera en 1960.
Le Docteur Georges Cherqui qui a passé sa thèse en 1956, essayera d'égaler le Docteur Le Rochais, installé en face, au 71 de la rue Poincaré.
Les trois plus belles villas, à balcons fleuris, de la rue principale suivent, de Joseph Visciano, Pascal Visciano, Georges Bernardo.
La chaussée y est embaumée le soir par les galants de nuit, dont les longues fleurs épanouissent tard leurs courts pétales odorants.
C'est ensuite la maison de Pau, artiste peintre et de son épouse, de leur fils.
A l'angle de la route qui grimpe au Plateau, Sauveur Vitiello est expéditeur.
Au-delà s'étendent les Docks de Serres et Pilaire, camionneurs, qui rejoindront le boulevard Parmentier. Puis apparaissent les riches établissements Sorizal de Monsieur Jean Alemany, progressivement enrichi, l'importante maison d'expédition Pomona de monsieur Sénès.
Ainsi se termine la Nationale 11, rue Chanzy et Raymond Poincaré, témoins de l'enfance et des souvenirs inoubliables pour un gamin du village.
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